Dune 2, sécheresse atomique
A l’instar de Christopher Nolan, Denis Villeneuve a vu sa cote grossir dans les rangs hollywoodiens depuis quelques années sous la réputation d’un faiseur de blockbuster grave, ambitieux, une sorte de contrechamp auteurisant de Marvelleries plus vraiment à la mode. La sortie du premier Dune, introduction laborieuse à l’univers d’Herbert mais succès critique et public, a entériné cet état de fait, lui permettant la mise en chantier d’un deuxième volet.
Les principaux éléments de l’univers posés, Villeneuve peut ainsi se consacrer pleinement à l’expansion de son récit : Quête messianique de son héros et jeu politique pour l’avenir de l’univers. Ce second morceau, qui lorgne vers un Game of Thrones spatial, n’est pas la partie la plus désagréable du film, entre complots qui se coagulent et personnages poussés vers des lignes d’opacités plus profondes. Dommage qu’il faille se farcir quantité de dialogues sur-explicatifs, quand ils ne sont pas tout simplement gorgés de niaiserie ( “ je t’aimerais jusqu’à mon dernier souffle “ ). Surtout, poison ultime, le film est constamment tiré vers le bas par son interprète principal, T. Chalamet. Déjà poids mort du précédent, le wonder boy hollywoodien est d’une nullité permanente. Son jeu, raidi dans une seule expression depuis cinq heures de film – le regard pas content - annihile tout l’arc tragico-campbellien de Paul Atréides et toute connexion émotionnelle avec lui.
Difficulté encore plus plombante, encore : Les limites pathologiques de son cinéaste. Cerveau rationnel, cartésien ( le vers du raté étant donc probablement dans le fruit ) Villeneuve se montre inapte à surpasser l’épure névrotique qui lui sert déjà de direction artistique depuis le début de sa carrière. Contact avec l’épice, ingestion du “ l’eau de vie “ et présciences délirantes : de ces substances psychotropes, le film ne tire rien d’autre qu’une esthétique insipide de pubard de marque de luxe, qui trahit la dissociation profonde entre l’esprit de l’œuvre et celui du réalisateur. Une absence d’âme et de matière qui se perpétue avec la gestion de l’action. Le “ space opera “ à grand spectacle vendu est réduit à du survol zénithal ou des affrontements jamais épiques quand ils ne sont pas foncièrement embarrassants dans leur découpage et leur scénographie ( le duel au couteau du climax ). Le public et quelques cinéphiles mal réveillés pourront s’y tromper car l’enrobage du film ( une poignée de money shots, la belle photo de Greg Fraser ) est suffisamment clinquant pour faire effet. Mais les style du canadien est plus empesé que majestueux, moins sophistiqué que tapageur. Au fond, Villeneuve n’est finalement qu’un faiseur plus doué que la norme médiocre mondiale, un imagier un peu lisse, un borgne au royaume des aveugles. Elle est peut-être chez lui à trouver finalement, la vraie figure du faux prophète dépeint dans ce Dune 2.